Ivo Pogorelich

Beethoven Revolution

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Lundi, 23 mars 2026, 19:30

Bâtiment des forces motrices (BFM), Genève

Concert

Musique

Sonate « Pathétique », Op. 13 — en ut mineur

Français Composée entre 1798 et 1799, la Sonate « Pathétique » est dédiée au prince Carl von Lichnowsky, généreux mécène de Beethoven. Le titre Grande sonate pathétique fut donné par l’éditeur, impressionné par les sonorités tragiques de l’œuvre — et Beethoven l’accepta volontiers. La sonate s’ouvre de façon tout à fait inhabituelle pour l’époque : au lieu d’un thème vif et affirmatif, Beethoven choisit un prélude lent et dramatique, marqué Grave, qui confère à l’ensemble une ampleur presque orchestrale. L’Allegro fougueux qui suit est plusieurs fois interrompu par le retour de ce Grave, créant une tension dramatique saisissante. Le deuxième mouvement, Adagio cantabile, est l’un des mouvements lents les plus admirés de Beethoven, pour sa beauté lyrique et son sentiment de calme apaisant. Le finale referme la sonate avec une intensité qui répond au premier mouvement, apportant une cohérence dramatique remarquable à l’ensemble.

English Composed in 1798 and published in 1799, the Pathétique Sonata was dedicated to Prince Karl von Lichnowsky, Beethoven’s friend and patron. Although commonly thought to have been named by the composer himself, the title Grande sonate pathétique was actually given by the publisher, to Beethoven’s liking. The first movement is particularly innovative: while classical sonatas typically begin with a fast main theme, the Pathétique opens instead with a dramatic, fantasia-like slow prologue marked Grave, giving the work an orchestral breadth unusual for a piano sonata. The Adagio cantabile which follows is one of Beethoven’s most beloved slow movements, admired for its lyrical beauty and its sense of calm, consoling repose. The finale rounds off the sonata with a seriousness that matches the opening, bringing the work to a dramatically cohesive close.

Sonate « La Tempête », Op. 31 n° 2 — en ré mineur
Français Composée en 1802 et dédiée à la comtesse Anna von Browne, cette sonate en ré mineur est considérée comme l’un des chefs-d’œuvre de Beethoven. Son surnom « La Tempête » viendrait d’une réponse de Beethoven à son entourage qui cherchait à comprendre l’œuvre : « Lisez La Tempête de Shakespeare ! » Sa composition se situe dans la période délicate du Testament de Heiligenstadt, où Beethoven, désespéré par sa surdité naissante, décida finalement de triompher de son mal en transcendant son œuvre. Dans le premier mouvement, des accords énigmatiques en arpèges s’opposent à la tempête des triolets, et de cet antagonisme naît un jeu constant entre mystère et violence. Le deuxième mouvement apporte un cantabile aérien et songeur. Le dernier mouvement joue sur la magie incantatoire du mouvement perpétuel — un flux, une masse sonore toujours en mouvement. 

English The D minor Sonata is a distinctly powerful, if concise, essay. Its Tempest subtitle purportedly derived from Beethoven’s reference to Shakespeare’s play when asked what the first movement meant. For this most personal musical statement of 1802, Beethoven chose the key of D minor — his only example of it in his sonatas, a key he reserved for something special. The first movement is built almost entirely on two opening ideas — slow-paced ascending notes of a broken chord, and an agitated motif — setting up a pervading conflict throughout. The second movement, Adagio, is one of Beethoven’s most glorious slow movements — its character noble, its effect soothing. The finale moves in perpetual motion, gathering intensity before dissolving, as Prospero says, into thin air.

Bagatelles Op. 33 n° 6 & Op. 126 n° 3
Français Le mot « bagatelle » pourrait laisser croire à des pièces légères et sans ambition. Il n’en est rien chez Beethoven. Ses bagatelles présentent une idée musicale chargée de sens dans une forme brève, voire fragmentaire, décevant parfois les contemporains qui attendaient des œuvres de plus grande envergure. Les Bagatelles Op. 33 furent composées en 1801-1802 et publiées en 1803 ; elles sont représentatives du style beethovénien de la période classique. Vingt ans plus tard, les Bagatelles Op. 126 appartiennent au dernier Beethoven. Beethoven lui-même écrivait à son éditeur que les Bagatelles Op. 126 étaient « probablement les meilleures qu’il ait jamais écrites ». Ces miniatures servent d’entracte poétique entre les deux grandes sonates du programme, offrant un moment de respiration et d’intimité.

English The word « bagatelle » might suggest trifling, inconsequential music — but not in Beethoven’s hands. His bagatelles present a meaning-charged musical idea in a small, terse, even fragmentary form, and their contribution to the development of 19th-century piano music cannot be overestimated. The Bagatelles Op. 33 were composed in 1801–02 and published in 1803, typical of Beethoven’s early style. Two decades on, the Op. 126 Bagatelles belong to the late, deeply introspective Beethoven. Beethoven himself wrote to his publisher that the Op. 126 Bagatelles were « probably the best I’ve written ». Placed between the two great sonatas of the evening, these miniatures offer a moment of poetic intimacy and quiet reflection.

Sonate « Appassionata », Op. 57 — en fa mineur
Français La Sonate « Appassionata » en fa mineur, Op. 57, est l’une des trois grandes sonates de la période héroïque de Beethoven, composée entre 1804 et 1806 et dédiée à son ami le comte Franz Brunswick. Sous-titrée Appassionata par un éditeur bien inspiré, elle déploie une atmosphère particulièrement tragique, allant parfois jusqu’à une insoutenable violence. Romain Rolland la décrivit comme « un torrent de feu dans un lit de granit ». Le thème principal du premier mouvement, en octaves, est à la fois discret et menaçant ; il consiste en un arpège descendant et ascendant en rythme pointé, qui se répète une demi-teinte plus haut, créant une tension immédiate. L’Andante central, méditatif et lumineux, prépare le terrain avant que le finale ne surgisse dans un tourbillon implacable. Beethoven lui-même considérait l’Appassionata comme sa sonate la plus tumultueuse, jusqu’à la composition du Hammerklavier. 

English Piano Sonata No. 23 in F minor, Op. 57 — the Appassionata — is among the three famous piano sonatas of Beethoven’s middle period, composed during 1804 and 1805, and dedicated to Count Franz Brunswick. Wikipedia With its particularly tragic atmosphere, at times reaching unbearable intensity, it drew from Romain Rolland the famous description: « a torrent of fire in a granite bed ». Musicologie The first movement’s main theme, played in octaves, is quiet yet ominous — a down-and-up arpeggio in dotted rhythm, immediately repeated a semitone higher, creating a sense of creeping dread. Wikipedia A searching, contemplative Andante offers a moment of elevation before the finale erupts in near-perpetual motion. Beethoven considered the Appassionata to be his most tempestuous piano sonata until the Hammerklavier.

Ivo Pogorelich, né en 1958 à Belgrade, est un pianiste qui a su transformer le monde de la musique classique par son talent unique et son approche innovante. Dès son plus jeune âge, il montre une passion insatiable pour la musique. À sept ans, il commence à apprendre le piano et, trois ans plus tard, il donne son premier concert avec orchestre ! On pourrait dire qu’il est né pour jouer.

En 1970, Ivo part pour Moscou poursuivre sa formation au célèbre Conservatoire Tchaïkovski, où il passe dix ans à perfectionner son art. C’est là qu’il rencontre Aliza Kezheradze, une pianiste et pédagogue géorgienne qui devient son mentor. Grâce à elle, Ivo découvre les secrets de la tradition pianistique russe, héritée des grands maîtres du XIXe siècle. Cette rencontre est un tournant dans sa carrière et lui permet de développer une technique exceptionnelle et une interprétation profondément personnelle.

Les années 1970 sont marquées par les premiers succès d’Ivo. Il remporte plusieurs prix internationaux et se fait un nom sur la scène musicale européenne. Mais c’est en 1980 que sa carrière explose. Il participe au Concours international de piano Frédéric Chopin à Varsovie, où son interprétation spectaculaire séduit une partie du jury. Cependant, il est éliminé avant la finale, une décision qui provoque un scandale. Plusieurs membres du jury, dont la célèbre pianiste Martha Argerich, quittent la compétition en signe de protestation, affirmant qu’Ivo est un génie. Cet événement fait de lui une star mondiale et le propulse au sommet de la hiérarchie pianistique.

À partir de là, Ivo commence une série de concerts triomphaux dans les plus grandes salles du monde. Il se produit avec les orchestres les plus prestigieux, comme les philharmonies de Vienne et de Berlin, et enchante les publics avec ses interprétations uniques. Ses enregistrements pour la maison de disques Deutsche Grammophon deviennent des best-sellers et établissent de nouveaux standards pour l’art pianistique.

Ce qui rend Ivo Pogorelich si spécial, c’est son approche très personnelle de la musique. Il ne se contente pas de reproduire les œuvres des compositeurs, mais les interprète avec une vision profonde et originale. Chaque note semble être imprégnée de sa propre émotion, et ses concerts sont des expériences inoubliables pour le public. Sa technique prodigieuse lui permet de réaliser des feats virtuoses qui laissent les auditeurs sans voix.

Mais Ivo n’est pas seulement un pianiste exceptionnel ; il est aussi un homme engagé. En 1986, il crée le Fonds pour les jeunes musiciens, afin de soutenir les talents prometteurs dans leur développement professionnel. Il organise également plusieurs festivals et concours internationaux pour aider les jeunes artistes à se faire connaître. En 1988, il est nommé Ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO pour sa contribution à la promotion de la culture et de l’éducation.

Malgré son immense succès, Ivo reste un artiste humble et passionné. Il continue de se produire sur les scènes du monde entier, enchantant les publics avec son jeu magique. En 2019, après 20 ans sans enregistrer en studio, il sort un nouvel album pour Sony Classical, comprenant des œuvres de Beethoven et de Rachmaninov, qui reçoit un accueil enthousiaste de la critique et du public.

Pour son 60e anniversaire et ses 40 ans de carrière, la télévision nationale japonaise lui consacre un documentaire, retraçant son parcours exceptionnel. Ivo Pogorelich continue d’inspirer les générations de musiciens et d’auditeurs avec son art unique et son engagement pour la musique.

En 2022, il sort un nouvel album consacré à Chopin, où il livre des interprétations profondément émouvantes des dernières œuvres du compositeur polonais. Sa saison 2022/2023 est remplie de concerts en Europe et en Extrême-Orient, où il continue de captiver les publics avec son jeu envoûtant.

Ivo Pogorelich est bien plus qu’un pianiste ; c’est un magicien de la musique, capable de transformer chaque note en une expérience magique. Son parcours exceptionnel et son engagement pour l’art font de lui l’une des figures les plus importantes de la musique classique contemporaine.

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Programme
– Sonate “Pathétique”, Op. 13
– Sonate “La Tempête”, Op. 31/2
Entracte
– Bagatelles, Op. 33/6
– Bagatelles, Op. 126/3
– Sonate “Appassionata”, Op. 57

Ouverture des portes et bar 19h00
Concert avec entracte
Durée totale environ 2 heures
Pas de limite d’âge 

De retour à Genève après le magnifique récital de mars 2025, Ivo Pogorelich nous accompagne dans une pérégrination musicale à travers la révolution beethovenienne parmi les grandes œuvres de Ludwig van Beethoven, avec un choix de sonates emblématiques : La Tempête, La Pathétique et l’Appassionata. Cette promenade sera ponctuée de quelques Bagatelles. Ce programme révèle la vision unique de Pogorelich sur Beethoven. Pianiste au tempérament ardent, il n’hésite jamais à prendre des risques interprétatifs, à étirer un tempo, à creuser un silence ou à libérer une puissance sonore stupéfiante. Avec Pogorelich, Beethoven n’est jamais un compositeur du passé, mais un créateur vivant dont la modernité nous saisit à chaque instant.

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Beethoven est l’un des compositeurs les plus révolutionnaires de l’histoire de la musique. Le génie et l’intuition prophétique de ce compositeur ont transformé l’approche créative classique qui l’a précédé du médium pianistique, prédestinant, par les possibilités d’expression conquises et l’enrichissement du son du piano, le rôle de premier plan qu’il était destiné à jouer sur la scène musicale historique pour les siècles à venir.

Au fil de ce programme, vous découvrirez la rupture d’avec le style classique de Haydn et Mozart, lorsque Beethoven présente La Pathétique. Dès les premiers accords graves et solennels, elle nous plonge dans un univers dramatique où la mélancolie côtoie la révolte, complètement différent des compositeurs précédents. Il apporte ensuite un embrasement de tension et d’urgence. Puis retombe sur un moment de grande tendresse très mélodique et finit par un dernier mouvement qui emporte tout sur son passage, mêlant virtuosité et humour, et vous laissera essoufflé et émerveillé.

Quatre ans plus tard, continuant plus en avant dans l’exploration des émotions humaines, s’inspirant semble-t-il de La Tempête de Shakespeare, Beethoven crée une atmosphère unique d’inquiétude et de questionnement. Pourquoi ? devient le leitmotiv, en 1802, au moment où le compositeur découvre qu’il commence à perdre l’ouïe, à 32 ans, C’est la période du fameux “Testament de Heiligenstadt”. Plus dramatique, théâtrale que la La Pathétique, avec une utilisation éloquente des silences …

Le concert culmine avec l' »Appassionata » (1804-1805), sans doute l’une des sonates les plus célèbres du répertoire pianistique. Cette œuvre titanesque pousse l’instrument dans ses derniers retranchements. Les gammes vertigineuses, les accords martelés, les contrastes extrêmes entre pianissimo et fortissimo demandent une technique irréprochable et une force expressive hors du commun – qualités que Pogorelich possède à un degré rare.

Et pour respirer un peu, deux miniatures, bijoux de concision : les Bagatelles, ces « petits riens » qui n’ont de petit que le nom. La Bagatelle Op. 33/6 en ré majeur (1802) et celle Op. 126/3 en mi bémol majeur (1824) représentent des moments d’intimité précieuse. Ces pièces brèves révèlent un Beethoven plus secret, capable de dire l’essentiel en quelques mesures.

 

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Le pianiste Ivo Pogorelich en récital à Genève, un monde intérieur aux couleurs sombres

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